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Le Collier de l’Espoir

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La lumière des lustres se brisait en mille éclats sur les robes de soirée et les flûtes de champagne. Dans la salle des fêtes du Majestic, à Cannes, l’air vibrait d’une excitation particulière. Ce n’était pas un simple gala. C’était l’avant-dernière soirée du concours de Miss Méditerranée, et une vingtaine de jeunes femmes, toutes plus magnifiques les unes que les autres, retenaient leur souffle en attendant le verdict du jury.

Au milieu des officiels en smoking, une femme d’une soixantaine d’années, élégante dans son tailleur crème, observait la scène avec un sourire distant. Victoire Marchand n’était pas une invitée comme les autres. Ancienne Miss France, reconvertie dans les affaires et devenue la marraine du concours, elle avait connu la gloire, puis un drame qui l’avait brisée vingt-quatre ans plus tôt, un matin d’avril, à la maternité de Nice : sa petite fille, née de trois jours, avait disparu. La même journée, son coffre-fort personnel avait été vidé d’un bijou unique, un sautoir en or blanc serti d’un saphir étoilé de Birmanie. L’enquête n’avait jamais abouti. Depuis, chaque année, Victoire scrutait les visages des jeunes participantes, avec l’espoir fou d’y trouver quelque chose.

Ce soir-là, la maîtresse de cérémonie déchira l’enveloppe. « Et la gagnante est… Clara Besson ! »

Sous les applaudissements, une jeune femme blonde aux yeux verts, un peu gauche encore, monta sur l’estrade. Son sourire tremblotait. Une couronne de strass se posa sur ses cheveux. Victoire, qui devait lui remettre l’écharpe officielle, fit quelques pas. Mais son geste se figea.

Autour du cou de Clara, elle venait d’apercevoir un sautoir. Un sautoir en or blanc, avec cette pierre sombre où une étoile à six branches semblait flotter. La respiration de Victoire se bloqua. Ses doigts se refermèrent brusquement sur le collier, juste sous le pendentif. Elle approcha son visage à quelques centimètres de celui de la jeune fille.

— Où as-tu trouvé ça ? demanda-t-elle d’une voix blanche.

Clara, surprise, mit une main sur sa gorge. Le public, médusé, se tut.

— Ce collier… répondit Victoire, le souffle court, il a été volé le jour où mon bébé a été enlevé à la maternité. C’est mon saphir. Qu’est-ce que tu fais avec ?

Un premier crépitement de flashs. Des murmures. Clara devint livide. Ses lèvres s’entrouvrirent deux secondes sans qu’aucun son n’en sorte. Puis elle bégaya :

— Mon… mon père adoptif me l’a donné avant que je parte pour le concours. Il m’a dit que c’était mon seul héritage, un porte-bonheur. Que si je gagnais, je découvrirais qui était ma vraie mère.

Victoire sentit le sol se dérober. « Ton père adoptif… » répéta-t-elle, la gorge nouée. Elle recula d’un pas, heurta une table basse. Son regard balaya la salle, nerveux, cherchant une sortie à sa propre stupeur. C’est alors qu’elle vit deux silhouettes masculines se faufiler précipitamment derrière une tenture noire, tout au fond. Un homme aux tempes grises, en costume mal taillé, traînant presque l’autre par la manche. Un éclat de panique dans leurs yeux, l’empressement de ceux qui fuient.

— Attendez… cria Victoire.

Mais déjà ils disparaissaient par une porte de service.

Pendant ce temps, Clara avait sorti un mouchoir et essuyait ses joues. Elle ne comprenait rien. — Il m’avait juré que si je gagnais, pour la première fois, je pourrais rencontrer ma mère biologique. C’est la seule raison pour laquelle je me suis inscrite. Je ne sais même pas porter ce genre de bijou, je n’ai jamais rien eu d’aussi beau.

Victoire revint vers la jeune fille. Son visage était ravagé de larmes, mais dans ses prunelles brillait la même petite étoile que sur le saphir. Une évidence atroce et merveilleuse la submergea. Elle tendit la main, très doucement, et retira la mèche de cheveux collée sur la tempe de Clara. Puis elle la serra contre elle, sans un mot. Les applaudissements reprirent, hésitants d’abord, puis de plus en plus nourris. Les caméras se rapprochèrent. Victoire, sans lâcher Clara, murmura dans son oreille : « Ma fille… Je t’ai cherchée si longtemps. »

Plus tard, on raconterait que la sécurité avait intercepté les deux hommes sur le parking, que l’adoptant, un ancien infirmier, avait avoué l’enlèvement et le vol, avant d’élever la petite dans les Alpes-de-Haute-Provence, en lui faisant croire qu’elle était la fille d’une mère défaillante. Mais à cet instant, dans l’étreinte de Victoire et Clara, il n’y avait plus ni concours, ni scandale, ni saphir. Juste le vide de vingt-quatre années qui se refermait, comme la mer après la tempête.

Dehors, sur la Croisette, la lune dessinait un chemin de lumière jusqu’à la méditerranée. Mais pour la première fois, Victoire ne la regarda même pas. Elle avait enfin autre chose à contempler.

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